DES LABORATOIRES DE SEMI-ANALPHABETES

mardi 28 juin 2016
par Paul OMBIONO
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Doit-on comprendre que de supposés pédagogues professionnels administrent et délibèrent régulièrement, et de façon systématique, une évaluation dénuée de critères et dépourvue de quelque barème indicateur d’objectivité . Pourtant c’est ce qui se passe annuellement dans nos structures en charge des examens certificatifs, où la part belle est faite aux « laboratoires de semi-analphabètes ».

Voici venu cette année le mois de juin, avec ses examens, un peu plus tard leurs différents résultats et subséquemment ce que les camerounais ont déjà intégré comme le « Classement de l’Office du Baccalauréat de Cameroun ». De quoi s’agit-il en fait ? Après les résultats aux différents examens de son ressort, notamment le Baccalauréat et le Probatoire, l’O.B.C. produit un classement des établissements en fonction de leur taux de réussite auxdits examens.

Il ressort de ce classement, depuis bientôt deux décennies, que les établissements confessionnels occupent toujours, non seulement le premier mais aussi, à certains moments, les dix premiers rangs de ce classement. Ils sont donc toujours les meilleurs. Naturellement, la conclusion que cela pourrait imposer est que c’est le lieu où l’on dispense les meilleurs enseignements et où les élèves sont, sinon les plus brillants, du moins les plus studieux. Et la conséquence est que tout le monde a tendance à y envoyer sa progéniture, les établissements publics devenant inéluctablement un pis-aller, à tort ou à raison.

Quelques remarques s’imposent cependant : 1. L’objectif, avoué ou non, du libéralisme ambiant, est que ce soit désormais l’économique qui dicte un fonctionnement à l’orientation scolaire. C’est dans ce sens que ses adeptes partent du postulat selon lequel, l’école étant une affaire personnelle et individuelle, elle doit être financée par le privé. Cela veut dire que, l’homme étant désormais un capital et non plus une ressource, sa formation est un investissement qui ne saurait plus en aucun cas incomber à l’Etat, mais à ceux des particuliers qui en ont les moyens et veulent bien ainsi s’y invertir. Ce qui condamne aujourd’hui tous ceux qui n’ont pas de moyens financiers à s’accrocher sur les établissements publics qui du reste ne reçoivent plus de cet Etat que des subsides, les véritables financements y émanant désormais des Associations des Parents d’Elèves et Enseignants(APEE). Le projet libéral est bien malheureusement en marche : l’instrumentalisation de l’école.

2. Le classement OBC est aussi mécanique qu’il ne prend en compte aucun critère scientifique, ni aucun paramètre objectif, car pour lui, tous les établissements se valent. Ce qui pourtant, n’est qu’une pure contre vérité.

Primo : les établissements publics mis à part, en fonction de leur structure, de leur lieu et de leur environnement respectifs, ne se valent pas. Certains établissements, non loin des chefs-lieux régionaux, ne bénéficient pas des mêmes structures que les premiers. A plus forte raison ceux des lieux les plus reculés encore. Ces derniers assez régulièrement n’ont pas d’enseignants qualifiés dans plusieurs disciplines et doivent se contenter de quelques licenciés ou bacheliers, voire moins que cela, qui s’y sont parfois réfugiés, faute de mieux. Dans le même registre, on n’y a jamais rencontré de simples manuels, que ce soit dans la bibliothèque, qu’entre les mains d’un élève, moins encore on y a aperçu le clavier d’un desktop. Comment peut-on donc valablement évaluer les élèves d’ici sur la même base et avec les mêmes épreuves que ceux de là qui disposent de toutes ces structures, puisque les performances, ainsi que les conditions de scolarisation, quel que soit le cas, ne sont pas les mêmes. Leurs résultats ne peuvent que refléter la réalité de leur environnement scolaire. Dans ces conditions, un élève qui obtient le Baccalauréat à Zoétélé, à Bokito, ne saurait, en aucun cas être aussi compétitif que celui qui l’aura eu à Sangmelima ou à Bafia, qui à son tour n’est pas semblable à celui qui l’aura obtenu à Yaoundé ou à Douala. Est-il encore besoin de démontrer que déjà à ce niveau, un quelconque classement qui se baserait simplement sur les résultats des examens officiels manquera totalement d’objectivité, tant plusieurs autres critères devraient, en toute logique, rentrer en ligne de compte.

Secundo : il n’y a pas de comparaison et à fortiori de classement à établir entre les établissements privés confessionnels et les établissements publics sans qu’on ait eu à définir au préalable des critères prenant en compte un certain nombre de données dont nous n’avons cité qu’une infime partie. Lors des concours d’entrée en classe 6ème par exemple, l’on n’y retient que des candidats ayant obtenus au moins une moyenne de 12/20 et pendant les recrutements dans les autres niveaux c’est encore ceux des dossiers dont la moyenne n’est pas en deçà de la même moyenne ; alors que dans les établissements publics le souci est d’abord la formation de tous les citoyens l’école étant aussi une structure d’insertion voire de réinsertion sociale. On va ainsi les chercher avec des niveaux très bas pour les relever.

Tercio : quel que soit le niveau de l’élève les cours de répétitions, payant en dehors de la pension exigée, sont imposés dès la rentrée scolaire. Ce qui les amène à marteler les élèves jusqu’aux samedis et pendant toutes leurs périodes de congés officiellement fixés. En dehors de ces faits non moins graves, les programmes officiels doivent être achevés longtemps avant le temps prévu par la réglementation en vigueur, pour rentrer dans une période de correction d’exercice, afin de cultiver plutôt des mécanismes en l’apprenant, dans le but de lui faire obtenir le diplôme. Naturellement, les résultats suivent. Dans une telle atmosphère quelle peut être l’objectivité d’un classement qui met des structures aussi différentes ensemble. On aura beau jeu de nous dire que ce sont la discipline et les effectifs qui créent la différence. Cela est faux car, si cela était vrai il y’a quelque temps, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les effectifs y avoisinent ceux des établissements publics et on y consomme autant, sinon plus de drogue qu’ailleurs, pour ne citer que ces exemples.

Il n’est pas inutile de relever que les APEE y existent aussi et les contributions y sont faramineuses au point de leur concéder des bâtiments pouvant abriter tout un Lycée avec des fonds issus des programmes des Pays soi-disant Pauvres et Très Endettés (PPTE). Que diable vont-ils chercher dans des structures de commerce alors qu’ils devraient prioritairement revenir à des établissements publics ! Rappelons aussi qu’une enquête menée a démontré que moins de 30% des produits de ces établissements réussissent à obtenir une Licence dans nos Universités d’Etat.

On voudra bien trouver d’autres raisons à cette contradiction, mais les raisons principales sont que le système pédagogique (efficace ?) ici fait développer une intelligence mécanique et obtuse, plutôt qu’une intelligence ouverte. Au lieu d’apprendre les principes à l’enfant afin qu’il trouve par lui-même les solutions, on multiplie plutôt les exercices et dès lors que ce n’est plus le cas, dès lors que l’on sort de ce canevas, il y a un blocage cognitif.

L’autre raison est qu’à force de ne pas laisser l’élève aller en congé pendant les périodes prescrites, il arrive à l’enseignement supérieur avec un cerveau qui a plafonné.

Vive le classement OBC et bonjour les « semi-analphabètes » !


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