TROP LOURD...TOUT LEGER

mercredi 29 juin 2016
par Paul OMBIONO
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Les élèves de l’école primaire aujourd’hui portent des cartables dont le poids est parfois au-dessus du leur. On a multiplié dans cet ordre d’enseignement le nombre de matière dans le but, pourrait-on penser, de leur inculquer sinon la totalité du savoir possible, du moins une quantité énormément considérable. En les voyant aller à l’école tous les jours, on s’attendrait à ce qu’au sortir de là ils soient des savants. Paradoxalement, après l’école primaire, ils ne savent ni lire, ni écrire. Et même après le secondaire, nanti d’un Baccalauréat, ils paraissent tout à fait…légers.

L’école fait partie de ce que le philosophe français Louis Althusser nomme « les appareils idéologiques de l’Etat ». Cela veut dire, de façon plus concrète, que, si l’Etat veut mener le pays vers le développement ou, pour emprunter la terminologie à la mode, vers l’émergence, il doit disposer d’un type d’homme capable de porter le projet. Le rôle de l’école serait, à juste titre, de mouler ledit homme. Cela veut encore dire que les programmes scolaires ne sont jamais le fruit du hasard, à moins que l’on veuille faire de la navigation à vue. L’école joue donc un rôle important dans la réalisation de tout projet de société qui se veut sérieux. Elle ne saurait, de ce fait, être un lieu permanent d’expérimentation.

Tout commence avec l’institution de la « méthode globale ». Pour enseigner le français par exemple, on part de la phrase pour en venir à la lettre en passant par le mot et la syllabe. Totalement l’inverse de ce qui se faisait avant, c’est-à-dire la « méthode syllabique » qui partait de la lettre, et donc de l’alphabet français, afin de construire, par étapes progressives la syllabe, le mot et la phrase selon certains canons. C’est à ce prix que les élèves, dès le cours élémentaire, savaient déjà lire et écrire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui puisque l’élève, sans être excessif, ne sait même pas identifier la syllabe. Je n’en veux pour preuve que le fait qu’ils soient incapables de séparer un mot lorsqu’ils se retrouvent au bout d’une ligne. Très souvent la consonne reste au bout de la ligne alors qu’ils vont reprendre la ligne suivante avec une voyelle.

Comme si cela ne suffisait pas, on est passé à un autre slogan : école sans échec. Et puis à la promotion collective. Cette dernière consistant à faire avancer en classe supérieure tous ceux qui sont de la même promotion, sans imposer à ceux qui n’ont pas le niveau requis des séances de rattrapage. La comédie est d’aussi mauvaise qualité qu’un élève du cours moyen deuxième année, ayant une moyenne annuelle de 08/20 se voit porter la sanction suivante sur son bulletin notes de fin d’année : « Insuffisant mais peut faire la 6ème ».

Le massacre a désormais pour théâtre l’enseignement secondaire.

L’élève va continuer dans ce cycle en traînant des lacunes issues du cycle primaire. Comme là-bas, l’innovation( ?) consiste non plus à corriger la dictée dans sa globalité, mais en deux rubriques, l’une portant sur l’orthographe et l’autre sur la grammaire tant et si bien que l’on obtient la moyenne de 10/20 si l’on n’a pas fait de faute dans l’une des rubriques pendant qu’on en a fait par milliers dans l’autre. La conséquence est que l’élève obtiendra le Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC) sans avoir évolué dans la maîtrise de la langue française qui est pourtant celle dans laquelle il doit apprendre toutes les autres matières tout au long de ses études.

Certes, comparaison n’est pas raison. Soulignons néanmoins qu’il y a un peu moins de deux décennies, les élèves à ce niveau d’études savaient lire et écrire et ne continuaient plus avec l’étude de la langue au second cycle. Auparavant déjà ces aptitudes étaient acquises tout au long du cycle primaire où l’on n’avait pourtant pas besoin d’avoir un cartable pesant autant lourd que celui d’aujourd’hui.

A cette allure, vous conviendrez que ce n’est pas à l’enseignement supérieur que l’élève rattrapera cette abyssale vacuité.

Si l’on transplante ce qui se passe en français dans toutes les autres disciplines, on peut objectivement prendre la mesure du désastreux paradoxe.


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