INFLATION DES POSTES DE RESPONSABLITE DANS L’ADMINISTRATION SCOLAIRE

vendredi 22 avril 2011
par Mbassi Ondoa Thobie
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Depuis quelques années déjà, le ministre des Enseignements Secondaires inonde les établissements sous sa tutelle de censeurs et de surveillants généraux, sans pour autant que les textes en la matière aient changé. Le décret organisant l’administration scolaire veut qu’il y ait un censeur par cycle d’études, et un surveillant général par tranche de cinq cents élèves. Mais à quoi assistons- nous maintenant ? Des établissements scolaires n’ayant pas trois mille élèves se retrouvent avec onze censeurs et treize surveillants généraux ! Le pire, c’est qu’il en arrive à tous les moments de l’année scolaire, sans qu’aucune urgence ne soit signalée. Le pauvre proviseur doit se masturber les méninges pour pouvoir les caser. Nos lycées et collèges sont ainsi devenus des chantiers permanents où l’architecture se modifie au gré de l’arrivée de nouveaux responsables toujours revus à la hausse, et à qui il faut trouver des bureaux. Faute de nouveaux locaux, les responsables sont parqués dans des bureaux étroits (conçus pour une personne), où la promiscuité rend impossible l’exécution des tâches nécessitant une relative tranquillité. Qu’est- ce qui peut bien justifier cette pratique qui, manifestement, diminue l’efficacité du système éducatif camerounais ? Des zélateurs de cette pratique absurde estiment que l’accroissement du nombre de surveillants généraux concourt à une meilleure prise en charge de la discipline au sein des établissements scolaires, tandis que celui des censeurs renforce l’encadrement pédagogique. Cette lecture peut paraître crédible de prime abord, puisqu’elle semble s’adosser sur des préoccupations pédagogiques et disciplinaires, et donc en dernière analyse sur la qualité de l’éducation. Mais, en resituant ces arguments dans le contexte camerounais, on se rend bien vite compte qu’ils ne tiennent pas la route. Si le souci de la discipline présidait aux nominations des surveillants généraux, on aurait le même ratio dans tous les établissements secondaires ayant le même nombre d’élèves. Mais on ne peut pas expliquer avec cet argument qu’il y en ait plus au lycée de Nkol- Eton qu’au lycée d’Ekounou qui a des effectifs plus importants. Le même argument n’expliquerait pas pourquoi le lycée d’Esse et celui de Ngoumou dont les effectifs tournent autour de mille cent élèves n’ont pas le même nombre de surveillants généraux. De plus, le nombre de responsables n’accroît pas nécessairement l’efficacité du travail comme l’illustre tous les services publics aux effectifs pléthoriques. Chacun attend que ce soit l’autre qui se mette à la tâche, et à la fin le boulot n’est pas effectué. Il faut ajouter dans l’argumentaire le fait que l’écrasante majorité de ces promotions concernent les femmes. Il va sans dire qu’en ce qui concerne la surveillance générale où la force physique est très sollicitée, y affecter en abondance les femmes ne concourt pas à faire régner efficacement la discipline. Le résultat est qu’on a de plus en plus de surveillants et de plus en plus d’indiscipline dans nos lycées et collèges. Et en ce qui concerne les censeurs, on aurait pu comprendre qu’il y en ait un par niveau pour justifier le souci d’un contrôle plus efficace de l’action pédagogique. Mais dès lors que nous avons jusqu’à douze censeurs, il faut bien dire que l’argument sus évoqué s’écroule de lui- même. Une fois écartés ces arguments qui obstruaient la réalité, on peut alors mettre en évidence cette dernière avec toute sa puanteur. Le MINESEC, comme toutes les institutions, camerounaises, n’échappe pas aux maux dans lesquels est englué notre pays. La corruption, le népotisme, l’affairisme, sont autant de tares qui hypothèquent notre accession à la modernité. Ainsi, en dehors des parrainages divers, des « circuits » existeraient, avec des montants bien précis pour accéder à certains postes de responsabilité au MINESEC. On parle de 200000F pour le poste de surveillant général, de 300000F pour celui de censeur, et plus du million pour le provisorat. Ici encore, tout dépend de la « rentabilité » du poste sollicité ; plus il est « sucré », plus le postulant doit davantage mobiliser les espèces sonnantes et trébuchantes. Certes, il est difficile de vérifier ces déclarations, mais elles sont loin de reposer sur des fictions. Nous avons été personnellement approché par des chefs d’établissements au lycée technique de Nkolbison lors d’un séminaire sur la corruption au MINESEC en 2009. Ils se plaignaient des pressions financières que des responsables des services centraux exerçaient sur eux après les rentrées scolaires. Les uns et les autres sont sommés de se faire « voir » au ministère. En langage plus clair, il s’agit d’aller verser les dividendes issues de la vente des places lors des recrutements. On peut donc comprendre pourquoi un proviseur nommé délégué départemental, est revenu quelques mois plus tard à son poste de départ. L’inflation des postes de surveillant général et de censeur, dans ce contexte, semble plus motivée par des appétits financiers que par des soucis pédagogiques. Cette inflation pose de façon générale le problème du respect des textes au MINESEC. Le profil de fonction qui figure dans le Statut Particulier est constamment foulé au pied, comme l’a reconnu le ministre dans la lettre n° 1206/09/MINESEC du 14 Mai 2009 portant respect de l’instruction n° 007 CAB/PM du 05 septembre 2001 adressée à ses collaborateurs. Des enseignants sont nommés à des postes de responsabilité qui ne correspondent pas au nombre d’années de service qu’ils ont déjà effectué ; certains y sont écartés sans dossier disciplinaire, tandis que d’autres multiplient des frasques sans jamais être inquiétés. A la fin, c’est tout l’itinéraire qui mène aux fonctions administratives qui est ensablé. S’installe alors le règne de l’arbitraire, du non- droit, sources de frustrations diverses. Quand on y ajoute les mauvaises conditions de vie et de travail des enseignants, on comprend que l’on ne devrait pas attendre des miracles de ce secteur de l’éducation.


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