EDUCATION FORMATION- EMPLOI OU L’EMASCULATION DU SAVOIR

vendredi 22 avril 2011
par Mbassi Ondoa Thobie
popularité : 1%

Depuis quelques années, la rhétorique de la formation- emploi domine le discours de la réforme du système éducatif camerounais. Le mot d’ordre est en effet d’ouvrir l’école au marché de l’emploi afin que le dernier informe et oriente le premier dans ses projets de formation. Tout semble désormais subordonné au marché. Une telle évolution pose le problème même de la finalité de l’école. Déjà dans les années 70, l’heure était à la promotion des filières scientifiques. Les élèves étaient encouragés à s’y orienter. Et un mythe a été construit autour des élèves filières scientifiques ; on les estimait plus intelligents que leurs camarades littéraires et se comportaient comme tel. Le littéraire faisait donc profil bas devant le scientifique. L’Etat consacrait ce complexe à l’université en attribuant la bourse à une écrasante majorité des étudiants de la faculté de science, tandis que ceux des facultés de droit et lettres devaient remplir de multiples conditions pour prétendre à la même bourse. La justification officielle était que le pays avait besoin de scientifiques pour impulser son développement. Le contexte politique d’après les indépendances, caractérisé par l’absence de cadres devant prendre en charge les structures de production a certainement déterminé cette orientation. La vision qu’on projetait ainsi des non scientifiques était celle d’individus inutiles pour le développement. Bon nombre d’élèves se ruaient alors sur les séries scientifiques pour prouver qu’il étaient eux aussi « intelligents », même si leurs performances dans ces disciplines n’étaient pas particulièrement brillantes. Le présupposé de cette politique reposait sur un postulat scientiste et positiviste : la science seule peut apporter des réponses à toutes nos préoccupations. Aujourd’hui, nous n’avons pas abandonné ce présupposé. Bien au contraire. A l’heure de l’ultralibéralisme qui caractérise la mondialisation, laquelle repose sur la techno science à travers le perfectionnement des moyens d’information et de communication qui modifient nos représentations de l’espace et du temps, l’urgence, encore une fois, semble imposer les filières techno scientifiques comme des priorités pour les pays qui veulent s’arrimer à cette modernité. D’un autre côté, le marché a été élevé au rang d’absolu ; c’est lui qui oriente la production, les prix des marchandises ; qui détermine les lois, les rapports sociaux, et enfin les programmes scolaires. Il fait l’objet de toutes les attentions, le dieu- marché. Ses moindres mouvements sont scrutés nuit et jour dans les bourses, lesquelles alertent aussitôt les entrepreneurs politiques et économiques sur es dernières volontés. Ses prêtres, les économistes, comme au Moyen-Âge, exercent une influence déterminante sur les orientations des politiques. Leur quitus est le préalable à l’approbation des politiques sectorielles, et c’est ce qui pénalise à travers le monde aujourd’hui les secteurs sociaux dans lesquels fait partie l’éducation. La formation- emploi, dans ce contexte, marque aussi la volonté de respecter les prescriptions du dieu- marché. Il est alors questions de former les jeunes selon la demande du marché du travail. De prime abord, ce souci semble participer d’une politique qui met l’emploi au centre de ses préoccupations. Quoi d’ailleurs de plus normal pour un gouvernement de se préoccuper prioritairement des questions d’emploi. Seulement, cette option finalise l’école à la recherche d’un emploi, subordonne le milieu scolaire à celui de l’emploi, occulte la dimension critique et émancipatrice du savoir, et disqualifie les connaissances qui n’ont pas de perspective pratique. Lier l’école à l’emploi, c’est en d’autres termes dire que sans emploi, point d’école. Or, quand les jeunes grecs de l’antiquité se rendaient auprès des maîtres d’alors, ce n’était guère pour rechercher plus tard un emploi. L’emploi est un souci né de la modernité, plus précisément avec la civilisation industrielle qui a fait de l’argent le nœud des rapports sociaux. Marx et Engels ont d’ailleurs montré comment le capitalisme a transformé toutes les professions en emplois, et ceux qui y exercent en ouvriers salariés. Pour autant, on ne saurait paramétrer l’école aux exigences de l’emploi. Comme nous l’avons dit, la fonction première de l’école est d’ouvrir l’esprit à l’individu à travers les savoirs qu’elle lui apporte. Ces savoirs peuvent lui servir à trouver un emploi, à comprendre son milieu naturel afin de le transformer ; à comprendre son milieu social afin de s’y intégrer harmonieusement, ou encore à organiser sa vie, ses projets, ses représentations, tout cela afin de se réaliser de façon maximale en tant qu’être humain. Convenons en, tous les savoirs que donne l’école ne sauraient être finalisés vers la lutte contre le chômage. Le danger de la professionnalisation tous azimuts des enseignements est alors d’hypostasier ceux qui peuvent se décliner en métier, et de criminaliser les savoirs insusceptibles de subir cette conversion. Et avec eux ceux qui les suivent. Ce faisant, nous aurons oublié que la finalité de la vie en société n’est pas l’emploi, mais la paix, l’harmonie entre les individus, et leur émancipation. L’emploi est un moyen parmi tant d’autres pour y parvenir ; on ne saurait alors donner la même importance aux autres et accorder aux savoirs y afférents une plus grande attention.


Agenda

<<

2019

>>

<<

Octobre

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
30123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

8 septembre 2017 - LE CEFAN RECOIT LA MISSION D’OXFAM

La coalition EPT du Cameroun a reçu la visite de M. Ohene Boateng d’OXFAM qui est la structure en (...)