IL FAUT SAUVER L’ECOLE EN PERIL AU CAMEROUN

jeudi 9 août 2012
par Michel NTONE
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IL FAUT SAUVER L’ECOLE EN PERIL AU CAMEROUN

Certaines circonstances de la vie, que celle-ci soit individuelle ou collective, exigent que l’on s’arrête un moment, qu’on jette un regard en arrière pour voir ce qui a été fait, comment cela s’est-il fait, et surtout qu’est-ce qui n’a pu être fait et en examiner les causes afin de les identifier pour mieux les contourner. Dans cette optique, les grandes vacances scolaires actuelles devraient nous donner de réfléchir et de se demander, au regard des résultats aux examens officiels, si les objectifs définis en début d’année ont été atteints. En effet, au début de chaque année scolaire, soit au mois de Septembre, les autorités camerounaises en charge des questions de l’éducation, à savoir les MINEDUB et MINESEC proposent des thèmes généraux pour le déroulement de ladite année scolaire : les notions d’excellence pédagogique, d’enseignement de qualité, d’amélioration des résultats des apprenants y sont constamment revenus. Mais, curieusement, à la fin de l’année scolaire, après publication des résultats aux examens officiels, aucune autorité ne croit devoir faire le moindre bilan ou expliquer au peuple pourquoi y a-t-il baisse ou augmentation du taux de réussite d’une session à une autre. En outre, concernant même ces résultats, il est assez surprenant de constater que parfois, comme pour la session de 2011, ceux-ci soulèvent autant de remous. C’est l’occasion pourtant ici de rappeler que pour ceux des enseignants régulièrement convoqués à l’une des différentes phases des examens officiels, et pour ceux qui ont dispensé des enseignements depuis une dizaine d’années environ, ils savent bien que ces taux de réussite, pour dire vrai, ne reflètent pas la réalité pour à peu près 2 ou 3 raisons : 1°) Le niveau des élèves et étudiants dans ce pays n’a étrangement cessé de baisser et les causes sont multiples : il n y a plus de véritable apprentissage des leçons, ni de lecture pour les élèves qui sont attirés par tous les gadgets, téléphone, internet que leur offrent les nouveautés. Les parents ont démissionné il y a fort longtemps et ont fait des établissements scolaires des garderies ; beaucoup d’enseignants se retrouvent par aventure dans ce métier, car ils ne cherchent en réalité que le matricule, mais sans vraiment y croire. L’école, enfin, elle-même est dévalorisée par les pouvoirs publics qui font ainsi croire aux jeunes gens qu’ile peuvent réussir leur vie sans avoir besoin d’y aller ; il suffirait de savoir taper dans un ballon, d’être expert dans des jongleries maffieuses de toutes sortes comme les « feymen » pour ne citer que ces deux cas là.

2°) A cause du niveau extrêmement faible des candidats, l’on n’a cessé depuis longtemps, aux examens officiels, de rajouter des points en plus dans telle ou telle discipline ; en fait, on « repêche » des candidats qui, en réalité, n’avaient pas de niveau, question de réaliser de façon absolue des taux de réussite acceptables par l’UNESCO. A titre d’illustration, lors des délibérations à l’examen du B.E.P.C de la session 2010, l’on est descendu au niveau de la moyenne de 07/20 pour repêcher les candidats faibles afin que le taux de réussite paraisse moins alarmant.

3°) Les conditions dans lesquelles se déroulent ces différentes phases des examens sont extrêmement pénibles, stressantes, inquiétantes, car les enseignants sont soumis à d’énormes charges ou tâches à exécuter sans la contre partie qui soit proportionnelle ; car en fait, dans notre pays, autant on sait prendre et appliquer des sanctions négatives dès lors que, la moindre faute se révèle (on parlera par exemple d’étourderie), autant on ne sait pas prendre et appliquer des sanctions positives, notamment en accompagnant les devoirs des droits, en récompensant de diverses manières tous ceux qui ont bien fait leur travail.

Puisque nous parlons du traitement des enseignants, nous devons relever que cela fait plus de 10 années aujourd’hui que les syndicats des personnels enseignants n’ont cessé de se battre, de revendiquer de meilleures conditions de vie et de travail, le décret d’application du statut particulier des personnels du corps de l’éducation, la revalorisation des salaires, l’harmonisation ainsi que le rééchelonnement indiciaire de la fonction publique, la revalorisation ou l’augmentation de la prime de documentation et de recherche pour ne citer que ces cas là. Comment comprendre qu’un Ministre de l’Education Nationale de l’époque ait signé un arrêté fixant l’effectif maximum d’une salle de classe à soixante (60) élèves, et que des chefs d’établissements publics secondaires soient en violation flagrante dudit arrêté, bourrant les salles de classe à tout vent, après des recrutements massifs, rendant de fait difficile, la tâche d’enseignement, de suivi et d’évaluation des apprenants par les enseignants ? Dans des conditions difficiles où un enseignant, fusse-t-il animé de la plus grande conscience professionnelle doit gérer Cent Cinquante (150) élèves dans une salle de classe qui, en réalité, n’est prévue que pour Soixante (60), comment pourrait-il assurer un suivi particulier, voire personnalisé des apprenants en difficulté pour que le résultat soit positif en fin d’année ? Cela semble difficile, voire même impossible. Curieusement, la société camerounaise ne cesse de manifester à l’endroit de l’école des attentes toujours plus grandes en lui exigeant de réaliser des miracles, là où cela semble impossible. D’autre part, toujours dans la même logique, nous avons l’impression d’avoir plusieurs types d’enseignants ou en tout cas, il y aurait chez nous des super-enseignants et d’autres qui le seraient moins car on applique la politique de deux poids, deux mesures. A titre d’illustration, pour les examens officiels, pendant qu’au BEPC, au CAP (Examens relevant de la DECC, du MINESEC), la demi-journée de surveillance vaut 1 500 Francs CFA, (somme dérisoire), la même demi-journée vaut 1 000 FCFA, (somme encore plus dérisoire) pour les examens relevant de l’Office du Baccalauréat du Cameroun (OBC). N’y a-t-il pas là la nécessité impérieuse d’harmoniser ces vacations et d’accorder un traitement égal à tous ? Ces montants dérisoires ne sont-ils pas, en réalité, une insulte à la si noble profession enseignante ? En outre, on pourrait se demander pourquoi les pouvoirs publics établissent-ils une discrimination entre les enseignants du secondaire et ceux du supérieur en accordant à ces derniers des primes dont ne bénéficient pas leurs collègues des lycées et collèges ? N’est-ce pas tous le même métier qu’ils exercent à des niveaux différents ? Ce sont là quelques questions qui méritent d’être posées. Pour revenir à la question des résultats de nos enfants aux examens officiels, il faut dire que si nous étions dans un pays normal, en admettant que la normalité ait des critères, alors nous pensons que les responsables en charge de l’école devraient expliquer aux camerounais pourquoi les performances scolaires sont-elles aussi mauvaises et quelles dispositions ont été prises afin d’enrayer ce mal qui tend à s’installer. D’ailleurs, serait bien malhonnête le Camerounais qui, aujourd’hui, oserait dire que les diplômes de notre pays sont encore reconnus à l’étranger. Le baccalauréat tchadien, pour ne citer que celui-là, n’est-il pas plus prisé et reconnu que le nôtre ? Cela semble-t-il déranger les autorités camerounaises ? Tel ne semble pas être le cas. Comment peut-on comprendre que ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, ayant pu mener des études supérieures poussées à l’étranger grâce aux bourses, aient été les premiers à supprimer lesdites bourses universitaires, imposant de fait une pension dont on ne sait très exactement à quoi elle sert, puisque les conditions de travail dans nos universités, au lieu de s’améliorer considérablement, se sont bien plutôt dégradées. Dans tous les cas nous pensons que la côte d’alerte maximale est atteinte pour ce qui concerne l’école ; il s’agit de sauver l’école, de repenser l’école si et seulement si nous restons convaincus que c’est un puissant facteur de développement ; cela veut dire que si nous pensons qu’un pays comme le nôtre ne peut prétendre se développer sans une jeunesse bien instruite, éduquée, formée, préparée à relever les défis du futur, alors il s’agit de faire quelque chose. Premièrement, il faut repenser l’école : c’est-à-dire qu’il faut revoir le système éducatif pour l’adapter à nos réalités, lui redonner une nouvelle configuration, et revoir de fond en comble tous les programmes actuellement en cours dans les disciplines enseignées. Deuxièmement, il s’agirait de remodifier le statut particulier des enseignants afin de l’adapter à des données plus actuelles tel qu’un plan de carrière bien tracé, en tenant compte des années d’ancienneté (on pourrait par exemple parler des palmes académiques avec incidence financière), d’octroyer de meilleures conditions de vie et de travail aux enseignants et leur accorder la reconnaissance sociale du fait de la lourde mission qui leur incombe dans un secteur aussi sensible que celui de l’éducation. En outre, il faut, dans la même logique, accorder la prime de documentation et de recherche, indispensable pour qui doit dispenser des enseignements de qualité. En réalité, nous voulons dire qu’il faut remettre les salaires à leur niveau d’avant 1993 avant de les réévaluer et ce, pour tous les fonctionnaires, vu que le coût de la vie n’a cessé de grimper pendant que le pouvoir d’achat stagne.

Troisièmement, il serait souhaitable que les chefs d’établissement appliquent scrupuleusement l’arrêté ministériel fixant les effectifs des salles de classe à 60 élèves maximum, celui-ci n’ayant été, par ailleurs jamais abrogé. Toute violation de ce texte devant être sévèrement sanctionnée pour que force revienne à loi, s’il est vrai que nous sommes dans un Etat de droit. Quatrièmement, les parents doivent pleinement jouer leur rôle de premier éducateur, aussi bien à la maison qu’en venant de temps en temps à l’établissement scolaire qui devra cesser d’être pour eux une garderie d’enfants ou d’adolescents. Ces parents devraient avoir de la considération, du respect aussi bien pour l’école en tant qu’institution sociale que pour ses principaux acteurs (les encadreurs etc…) Cinquièmement et enfin, il faudrait que les enseignants cessent de se désigner, qu’ils prennent conscience du rôle hautement irremplaçable qu’ils jouent, ou sont appelés à jouer, qu’ils sachent que c’est un métier noble et qu’ils cessent d’envier d’autres corps de métiers, qu’ils soient fiers d’être enseignants et surtout, il faudrait que la société toute entière opère un changement de mentalité et comprenne que l’histoire est dynamique et que nul ne peut arrêter son cours, car de tout temps, l’école sera toujours une valeur.


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